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vendredi 7 mai 2010

C'est tout vu : avril 2010


Le mois d'avril fut passé pour moitié loin de tout écran. J'ai peu vu, mais bien vu.

Fleur au fusil, je me suis un peu attaqué aux films de guerre, genre que je connais peu. Le dvd de Bach film "la bataille de Berlin" propose en réalité "Le dernier assaut", la dernière partie de "Liberation", la grande fresque d'Ozerov. Il est intéressant de voir la guerre filmée de ce côté là du mur. C'est de la superproduction soviétique, bien faite, rappelant parfois "Band of brothers"... La vision de cette petite heure est cependant bien gênée par une VF terrible (un acteur traduit tout ce que dit l'état major allemand, Hitler Eva Braun...). un edition correcte de toute la fresque pourrait se révéler intéressante.
Totalement différent, Red Badge of courage, est un drôle de film d'Huston. Point de vue interne, détachement, photo à tomber.. La (grosse) louche de propagande sur la grandeur du soldat, sur la mobilisation des troupes, ne gâche pas le plaisir de la mise en scène. Après un prologue en voix off lourdaud, Huston devient aérien dans le brume. Les acteurs, à l'exception du rôle principal, sont étonnamment modernes, dans leurs tronches et leur jeu. Un bon Huston, d'une petite heure là aussi. La copie de l'édition dvd (inédits fnac) est vraiment d'excellente qualité.

Liberation (Освобождение), Le dernier assaut ("la bataille de berlin") - Ozerov - ****
La charge victorieuse (red badge of courage) - Huston - *****

J'ai aussi vu un film d'Alan Parker, boursouflé, qui joue les Lynch de bazar.. Bizarrement, il y a écrit "Martin Scorsese" au générique.. Etrange... Martin, avec sa grande connaissance de la critique cinématographique,n'aurait pas fait ce travelling à la kapo, n'aurait pas montré, même dans un rêve, des cadavres des camps en cire, n'aurait pas mélangé Auschwitz et Dachau pour une fiction... Arghh.... Je n'ai aimé que les premiers plans, sur le bateau, très Hitchcockiens... Le reste est plus que gênant, c'est irritant, lourd, irresponsable, pesant.

Shutter Island - Scorsese - **

Je me suis payé un coffret Jerry Lewis, pour voir, vérifier les écrits godardiens d'alors. J'avais déjà vu "the Patsy" et "Dr Jerry & Mr Love", sans être emballé. J'allais donc sans a priori sur "Le tombeur de ces dames"... et ce fut délicieux. Plein d'inventions, et avec un peu moins de grimaces, Jerry réalise une grande comédie américaine, entre slapstick et comédie traditionnelle. On se surprend à penser à Donen, à Minelli. godard lui piquera l'idée des décors pour Tout va bien (que j'ai déjà vue chez Keaton, cependant.)Très bon film, conseillé. J'attaque donc un second, "Les tontons farceurs" plein d'enthousiasme.. et en sort affligé. Le film est minable, Jerry cabotine mal, et surtout rate complétement sa mise en scène. Si des gags inventés là ont été ensuite piqués par Blake Edwards (ici, et dans les autres Lewis, en nombre assez hallucinant), Edwards réussira leurs mises en scène là où Lewis les plante. Depuis (en mai), j'ai vu "the Bell boy", son premier film. Je n'ai pas ri une seule fois... "The ladies man" serait-il un one shot ? Son chef d'oeuvre ? Je verrai bien.

Le tombeur de ces dames (the ladies man) - Lewis - ****+
Mes tontons farceurs (Family Jewels) - Lewis - *

Comme on ne se refait pas j'ai vu un court du maître. Bon cru.
La paresse - Godard - *****

Les meilleurs films du mois furent le surprenant "Bob le flambeur", un "heist film" sans le "heist", un film de braquage qui se fout (comme son personnage) du braquage, l'essentiel étant le jeu, le plaisir de filmer, à l'américaine des cigarettes, du whisky et des petites pépées, se confronter à Paris de nuit,de jour. Il y a de grands films nocturnes, des grands films diurnes, Melville propose un film toujours sur le pont, de l'aube à l'aube, une partie de la matinée rejoignant le crépuscule.

Bob le Flambeur - Melville - *****

Et, bien sûr les amis, je poursuis ma découverte de la pentalogie fantastique MAnn/Stewart avec un Homme de la plaine de toute beauté, à la fureur tragique !

L'homme de la plaine (the man from Laramie) - A. Mann - *****

samedi 10 octobre 2009

Etendard

Il m'a fallu trouver titre et bannière à ce blog.
Une fois arrêté sur "Tears in my beers", déclinaison de la chanson d'Hank Williams, "There's a tear in my beer", comment ne pas songer à la fin de Fat City de John Huston. Pas de larmes certes, mais cette même désespérance mâle au comptoir.
Il se trouve que Fat City est un de mes quatre films préférés, depuis longtemps. Un film compagnon de route.
Dans une douce chaleur estivale, un boxeur en déroute croise un jeune homme en qui il veut croire comme il aurait aimé croire en lui. Sans plus de chance de réussite certainement. Huston filme le réel, les boxeurs malades, qui pissent du sang, ramassent des oignons pour trois sous, picolent, se font jeter, se saoulent et se font démonter, avant de remonter, pour, rouillés, se faire dérouiller une fois encore. C'est un des plus beaux films du monde, et pourtant il est d'une sobriété absolue, d'une simplicité extrême. LA fin, dont cette bannière est extraite, me bouleverse à chaque fois. Huston prend son temps comme jamais il ne l'avait pris auparavant.
Il y a dans le regard de Stacy Keach sur Jeff Bridges tout le poids d'une dizaine d'années, plus de 3650 nuits. Il se regarde en Bridges comme dans un miroir, il se voit avant que ses rêves ne se soient brisés, avec une tristesse calme, une empathie totale et sans nostalgie ni jalousie.
Alors que j'ai recherché cette image, je m'aperçois que je me retrouve dans certains traits de Bridges, dans l'âge de Keach, dans son regard fatigué et apaisé.
J'aime ce film. Et, étonnamment (?), il ne contient presque qu'une seule chanson, sous différentes formes dont une superbe version instrumentale ; cette chanson se trouve être ma chanson préférée, je crois. Le "Help me make it through the night" de Kris Kristofferon où l'on entend ses lignes là : "Yesterday is dead and gone, and tomorrow's out of sight, (...), help me make it throught the night".

Voilà un pierre angulaire.

Générique :


Le film n'existe pas en dvd zone 2 en France. Mais les belges étant des gens cools, ils ont tout compris à la vie...