dimanche 11 octobre 2009

Lachez les chiens (savants) !


Dans le cadre satellitaire de la Biennale de Lyon, Cyrille Bret faisait une lecture / performance il y a quelque semaines au Flac à Villeurbanne, avec en guest star Gilles Cabut, et Sophie Nivet.

Le Topo sur cette action est dispo là

Mais, surtout, vous pouvez voir les 35 minutes dans leur intégralité en ligne et télécharger le supplément de BoXon tiré à cet effet pour suivre en même temps, comme si vous y étiez !
c'est pas beau ça ?

Voir Cyrille se démener pendant une demi-heure comme un petit roquet, parfois accompagné par le flegme très dogue allemand de Gilles, c'est une belle facette de BoXoN visible en ligne...

Régalez-vous !

Tremblez, il arrive !

Le Zaroff
Editions Leo Scheer, collection Laureli, sortie prévue en novembre 2009.

Extrait en forme de bande annonce :

Chasse IX

C’est idiot cinq minutes. Pour une retraitée, un samedi, au supermarché, c’est idiot cinq minutes. Vous n’auriez pas dû. Pas dû venir. Sauce grand veneur. Vous venez. Vous venez voir. Vin, crustacés, crevettes, bouillon, poireaux. Vaincre. Vous venez déambuler, chariot déambulateur, samedi. Vous traînez. Vous aviez toute la semaine, mais la semaine, il n’y a personne, personne à voir, vous vous emmerdez la semaine, alors vous venez, vous venez le samedi, vous nous emmerdez le samedi, ça vous sort, vous me sortez. Trous. Par tous les trous, vous me sortez. Des trous, j’en troue vite. Ça me sort aussi.
Mon caddie se remplit : bombe anti-crevaison, jambon, champignons, olives, origan, gants jetables, cordelette, cutter, lingettes antibactériennes, javel, alcool à brûler, ficelle, chewing-gums, sauce tomate, lessive…
Vous triturez les tomates. Vous bloquez le rayon « thés, cafés, infusions ». Vous matez la chicorée, vous matez les biscottes. Vous sentez les shampooings, vous pouvez, jeune homme, m’attraper cette boîte de petits pois, extra-fins, à l’étuvée, je suis trop petite, merci bien, vous êtes bien aimable, bien aimable mon cul. Vous voulez un pack d’eau, pas celui-là, celui-ci, non celui-là en fait.

Nous y voilà. Mon caddie, las de déambuler en milieu hostile, se fige, face à la caisse. Caisse, bip, tapis, bip, j’attends, bip, que le, bip, client, bip, précédent, bip bip, mécanique, bip, pantin, bip, haut, bip, bas, bip, pose ses, bip, achats qui, bip, roulent, bip, sur ce ta-bip-pis, par, bip, à-coups, lorsqu’elle se pose, s’infiltre, entre lui qui bipe et moi qui bous. Alors que je poireaute, en diagonale s’insinue. Vos poireaux s’incrustent, j’étais là avant, jeune homme, prise de témoins.
Trop de témoins pour m’insurger alors que, instantané, votre sort se scelle. Vous êtes cuite.
Le prix de vos biscottes nécessite un appel, attente, recherche, attente, retour, bip.
Votre paiement nécessite la vérification de huit mille trois cent vingt-deux bons de réduction, dont cent soixante-seize périmés. Tu ne perds rien, j’attends.
Un chèque. Une pièce d’identité, s’il vous plaît.
Un sac puis l’autre, le cabas. La météo personnelle et son interprétation subjective successivement par votre spectre, par celui de la caissière.
Enfin, la mise en branle.
Ma sortie est rapide, efficace. Dehors.

Fâché, je rejoins la fâcheuse. Faucheuse est appelée pour la caisse 12, Faucheuse, pour la 12.
Vous pouvez, s’il vous plaît, le pack d’eau, dans mon coffre, jeune homme…

Elle aime attendre. Je dépose, dans le coffre de sa Renault, son eau, ses biscottes, ses poireaux, son infusion du soir, espoir, sa chicorée du matin, chagrin, son corps défendant affaibli, ressors le pack d’eau, referme. Elle attendra. Elle aime ça. Attendra trop longtemps. Bien plus de cinq minutes. Thermostat 12. Vieux os et viande froide.

samedi 10 octobre 2009

Etendard

Il m'a fallu trouver titre et bannière à ce blog.
Une fois arrêté sur "Tears in my beers", déclinaison de la chanson d'Hank Williams, "There's a tear in my beer", comment ne pas songer à la fin de Fat City de John Huston. Pas de larmes certes, mais cette même désespérance mâle au comptoir.
Il se trouve que Fat City est un de mes quatre films préférés, depuis longtemps. Un film compagnon de route.
Dans une douce chaleur estivale, un boxeur en déroute croise un jeune homme en qui il veut croire comme il aurait aimé croire en lui. Sans plus de chance de réussite certainement. Huston filme le réel, les boxeurs malades, qui pissent du sang, ramassent des oignons pour trois sous, picolent, se font jeter, se saoulent et se font démonter, avant de remonter, pour, rouillés, se faire dérouiller une fois encore. C'est un des plus beaux films du monde, et pourtant il est d'une sobriété absolue, d'une simplicité extrême. LA fin, dont cette bannière est extraite, me bouleverse à chaque fois. Huston prend son temps comme jamais il ne l'avait pris auparavant.
Il y a dans le regard de Stacy Keach sur Jeff Bridges tout le poids d'une dizaine d'années, plus de 3650 nuits. Il se regarde en Bridges comme dans un miroir, il se voit avant que ses rêves ne se soient brisés, avec une tristesse calme, une empathie totale et sans nostalgie ni jalousie.
Alors que j'ai recherché cette image, je m'aperçois que je me retrouve dans certains traits de Bridges, dans l'âge de Keach, dans son regard fatigué et apaisé.
J'aime ce film. Et, étonnamment (?), il ne contient presque qu'une seule chanson, sous différentes formes dont une superbe version instrumentale ; cette chanson se trouve être ma chanson préférée, je crois. Le "Help me make it through the night" de Kris Kristofferon où l'on entend ses lignes là : "Yesterday is dead and gone, and tomorrow's out of sight, (...), help me make it throught the night".

Voilà un pierre angulaire.

Générique :


Le film n'existe pas en dvd zone 2 en France. Mais les belges étant des gens cools, ils ont tout compris à la vie...

vendredi 9 octobre 2009

Ol' Waylon

Puisque me voilà reparti, il faut poser couler des dalles, poser de fondations.

Un jour de pluie, même fatigué du concert, quand on est sympa, comme Waylon Jennings, on laisse sa place dans l'avion à son collègue malade. On rentrera en voiture, tant pis.
Ce bon geste marquera Waylon au fer, en fera un homme mûr illico, une voix grave, un outlaw maudit. L'avion écrasera Buddy Holly, Big Bopper et Richie Valens.
Waylon ira jusqu'au bout de sa carrière. Comme Elvis, Cash ou Kristofferson, il fait partie de ces figures paternelles solides de l'Amérique. Des ces voix qui semblent chauffées au feu de bois, tourbées comme un Lagavulin.
Deux albums s'imposent. Tulsa/the taker & Lonesome On'ry & mean. On trouve le premier pour 3-4 €, il y reprend Kristofferson avec une classe absolue. Quiconque veut tenter posséder un seul album de country sans prendre le risque de tomber sur du flan, émoustillé par les derniers Cash, par exemple, devrait posséder cette merveille américaine.
Deux extraits : Lonesome Onry and mean, qui fait partie de ces covers qui dépassent sans problème l'original (de Steve Young, pourtant très bon)


Et je ne résiste pas à vous montrer ça, la décontraction du bonhomme qui n'a d'égale que celle de Kristofferson. Ou comment être cool, même à côté de potiches roses.

jeudi 8 octobre 2009

Sisters'n Roll

Ich bin not un parisien du tout at all. But pas du tout du tout, alors !
Aber, comme il y en a beaucoup sur cette terre, et notamment en France, notamment à Paris, je me dis que, comme les parisiens s'emmerdent à ne pas savoir quoi faire dans ce trou, j'allais être grand et fort et leur donner un tuyau : la semaine chopraine, ActOral 8 arrive !
Si je ne peux me prononcer sur la totalité de la soirée, je peux du moins vous conseiller d'y aller à partir de 22.00.
De 22.00, mes copines venues du froid, Renée Gagnon & Mylène Lauzon proposent une création que j'ai eu le grosseuh malheur de rater (Somme : soeurs). Connaissant les miss, il faut s'attendre à du très bon.
Puis, A good shot of rock'n'roll'n'folk avec Oh!Tiger Mountain, vu l'an dernier dans ce cadre. On a rarement vu rockeur marseillais si américain. Son EP, acquis contre un PasBilly, m'a fait passer l'hiver dernier au chaud, et, oh!tiger bonne nouvelle, il est audible sur deezer, chez mon ami deezer,.

Deezer qui annonce 3 titres de plus pour le 23/10.

Un bon aperçu ? c'est parti mon kiki !


Vous ne croyiez tout de même pas que NotBilly avait perdu la main en piochage de rock !

Gycklarnas Afton


En suédois, Gyclarnas Afton signifie certainement quelque chose. Peut-être bien "La nuit des forains" comme le laisse penser le titre français.
Hier, j'étais crevé, j'ai regardé un Bergman.
Je sais, ça sonne bizarre, mais si j'attends d'être en forme avant d'attaquer un Bergman ou un Godard, je n'en regarderais plus. Or La nuit des forains dure 1h29. Court. Parfait les soirs où, nazes, on se vautre.
Trêve de. Le film.
Vous lirez ça et là les remarques sur le noir & blanc tranchés à la hache, les déboires des personnages. Ce qui m'arrête ici, ce sera le son. L'aptitude chez Mamar de racler le silence.
On salue, souvent, le travail du scénariste, du chef op', du monteur, ici, c'est le bruiteur qui assure. Inging a du lui dire :
"Coco, tu me fais deux trois sons bien sentis, là & là, et le reste, tu laisses...
- Je laisses ? Je ?
- Blanc, rien, nada, Coco ! Faut racler le silence, l'entendre, et pour ça, faut que tu assures Coco. Débrouille toi, je vais acheter des Krisprolls et je reviens."
Et le résultat est fascinant. Comme un Tati, un Godard, un Chaplin sonorisé, on pourrait se délecter de la bande son du film qui amoncèle geignements, crissements, soupirs, cris et chuchotements, silence et rires et silence et cymbales. Ingmarounet traite le son comme la pellicule, avec un violent contraste noir/blanc silence/bruit.
Tant musicalement que poétiquement, il y a tant à prendre ici...

Dépasser les bornes

Entre ActOral et les cafés littéraires, la semaine passée fut riche en lectures de tous poils.
Poils ras (rasoir passé), poils loooooongs (une heure de romancière ar-ti-cu-lant bien, c'est rude), poil soyeux (Patrice Luchet), poils électriques (Suel), poils neufs (Sorman, très bien).

Commençons par la part de surprise. Une lecture au poil.
Elle avait lieu dans une caravelle, pleine, l'auteur, Arno Bertina, en stewart de luxe, arpentant l'allée centrale. Il s' attaque au texte, en précisant qu'il est habituellement lu à deux voix. On se dit alors que le monsieur à tort. Tort de tordre un dispositif, tort de lire seul un texte pour deux. Un dispositif, ça s'écrit.

Puis on écoute. Un simple aller-retour de quelques pas distingue les deux voix, une lecture posée/ une lecture hélée. Et là, plus de doute. C'est bon ainsi, seul.

La lecture est belle, simple et surtout pensée et écrite. On se rejoint. Le texte est nickel. Ecrit à partir de photographies de Ludovic Michaux, là aussi habituellement projetées, le texte se suffit à lui-même : la projection serait, on le devine, redondante.

Le constat est clair, Pat est d'accord, "on" a plus de liens avec cette littérature là, venue du roman (pas de n'importe où non plus, chez Verticales, entre autres) qu'avec certains collègues du front, même talentueux.

Je me suis pris le livre, l'imprimé. Mais j'hésite à l'ouvrir, peur que l'écrit reste et envole les paroles.
J'en prendrai d'autres.

La lecture double, de Lucien Suel et Patrice Luchet fut un régal.
Patrice est incroyable. Il y a chez lui une furieuse folie dans la prise de risque. Extrêmement construite, sa perf débute par des excuses : il dit ne pas être lui-même, mais son frère, venu le remplacer au pied levé pour lire ses textes. Il tiendra la distance juqu'au bout, commentant ses textes, les critiquant, il enchaine sur de nombreuses fausses lectures (ses carnets sont vides), tentant de lancer un chœur dans le public. Un vrai numéro de funambulisme littéraire créant cette même empathie/sympathie avec le public que l'acrobate couillonnant sur son fil.
La littérature comme une mise en danger, comme une sculpture sociale. Très fort.

Inviter Lucien était mon petit plaisir. Ne l'ayant pas vu lire depuis 10 ans, c'était l'occasion de revoir tout ce que j'aime. Un texte très amusant et bigrement bien construit sur les tournures interro-négatives, des aphorismes débiles, un extrait de "nous ne sommes pas mort" et son célèbre "Pattismit" que je n'avais jamais pu entendre.

Profitons de l'occase pour recommander, une fois encore, La mort d'un jardinier, texte aussi fulgurant qu'une crise cardiaque, en plus joyeux.

Riche semaine.


Une lecture du "pattismit" à Beauvais.

mercredi 7 octobre 2009

Ray of light


Ce premier jour de blog a le mauvais goût, amer, salé, de confirmer ce nom choisi.
Je viens d'apprendre par Laure la disparition de Raymond Federman. Outre le fait qu'il fut un homme ouvert, sympathique, curieux et brillant, il était aussi un auteur magnifique.
La Fourrure de ma Tante Rachel, entre autres, restera comme un des grands livres de la fin du XXeme siècle. Une lecture indispensable.
Ami de Beckett, homme au destin incroyable, inventeur de formes, bavard littéraire et romancier d'une drôlerie rare, c'est un éclat de rire qui se brise.

Ma bière est bien trop salée ce soir.